Un nouveau départ grâce à la justice réparatrice

Le 27 mai dernier, nous avons eu une rencontre avec Mario Lavoie (nom fictif) et Alex Berthelot. Dans le cadre du programme de mesures de rechange général en justice réparatrice, Monsieur Lavoie, participant au programme, a choisi l’Accueil Bonneau pour effectuer sa démarche de dédommagement. 

Monsieur Berthelot, intervenant médiateur à Équijustice, explique :

« C’est un nouveau programme de justice réparatrice qui a été déployé à la grandeur du Québec par le réseau Équijustice. Certains organismes, dont les membres du réseau Équijustice, ont le mandat d’appliquer ce programme et d’accompagner les participants dans leur processus de réparation. »

Ce programme de déjudiciarisation permet aux personnes qui y participent de réparer les torts causés aux victimes d’actes criminels et à la collectivité. Il permet également d’éviter d’avoir un casier judiciaire, allant même jusqu’au retrait des accusations. 

« Normalement, poursuit Alex Berthelot, on privilégie les réparations directes quand il y a une victime impliquée, mais ça arrive qu’on ait des dossiers comme celui-ci, où la personne victime n’a pas été rejointe ou qu’elle ne désire pas participer pour une raison ou une autre. On redirige alors la réparation vers la communauté, vers les organismes communautaires ou les œuvres de charité. »

Le choix de l’Accueil Bonneau

Dès que cette option fut envisagée, Monsieur Mario Lavoie a choisi de verser un dédommagement financier à l’Accueil Bonneau. Le but de notre rencontre était pour lui une occasion d’expliquer son processus et les raisons pour lesquelles il a choisi notre organisme. Il souhaitait aussi en connaître davantage sur l’Accueil Bonneau. 

« Je connais l’Accueil Bonneau, dit-il, depuis longtemps. C’est un organisme avec de bonnes valeurs. Je vois souvent les gens faire la file pour avoir un repas chaud, un café ou pour prendre une douche. Ils accueillent vraiment les sans-abris, avec beaucoup d’humanité. »

Mario travaille pour un traiteur dans le domaine de la restauration. Cela lui est même arrivé de venir donner de la nourriture à l’Accueil Bonneau.

« Je connais bien le Vieux-Montréal, j’y fais des commandes. Je viens avec ma van et je ramène parfois de la bouffe à l’Accueil Bonneau. Des céréales et des légumes. Avec cette pandémie, on a souvent des surplus de stock. »

Un ami en situation d’itinérance 

Il parle de ce qui l’a sensibilisé à la cause des personnes en situation d’itinérance ou à risque de le devenir.

« Je connais un gars, c’est un ami. C’était un entrepreneur réputé, mais il est devenu sans-abri. Il a passé tout son argent au casino, une vraie dépendance. Il a ensuite divorcé et il a perdu sa famille et sa maison. J’ai vraiment beaucoup de peine pour lui, ça me fait mal au cœur. »

Quand Mario le rencontre dans la rue, son ami lui demande de l’argent. Mario préfère ne pas lui donner de l’argent directement, car il sait que cet argent ira au casino. À la place, il lui dit d’aller dans un restaurant dont il connaît le propriétaire. Mario paye alors la note. Cela lui est déjà arrivé d’acheter des billets d’avion pour que son ami puisse aller voir sa mère mourante. Mario a choisi de donner son dédommagement à l’Accueil Bonneau pour aider le mieux possible les personnes en situation d’itinérance ou à risque de le devenir.

Sur la justice réparatrice

Pour Alex Berthelot, la justice réparatrice est un moyen par lequel les torts causés peuvent être réparés. Elle donne la possibilité à chaque personne de participer au processus de réparation dans un cadre ouvert et respectueux.

« Pour moi, dit-il, c’est quelque chose de tellement important. Les casiers judiciaires et l’acharnement judiciaire rendent souvent la vie en société plus difficile pour les personnes. Je crois aux principes de la justice réparatrice qui donne un sens à la démarche. Et là, aujourd’hui, Mario nous a vraiment montré le sens que ça a pour lui. »

Cette rencontre fut très significative et chargée d’émotions. Elle nous permet de croire à la générosité des gens, à la force du changement et de l’engagement. Nous remercions énormément Mario pour son partage et nous lui souhaitons bonne continuité.