Le bénévolat : la joie des rapports humains

Nous avons eu le bonheur de nous entretenir avec la bénévole Ffion Hughes. 

Ffion vient tout juste de compléter son baccalauréat spécialisé en histoire à l’Université McGill. Récemment, elle remportait la bourse Rhodes qui lui permettra de poursuivre ses études à la prestigieuse université d’Oxford, en Angleterre. 

Au cours de ses années universitaires, elle a travaillé comme bénévole à l’Accueil Bonneau. Découvrez le parcours, à la fois florissant et inspirant, de cette jeune femme qui rêve un jour de travailler comme avocate auprès des personnes en situation d’itinérance.

Le début de son bénévolat

« En fait, j’ai eu un trajet assez spécial. Quand j’avais 17 ans, j’ai vécu l’anorexie. Entre mes années d’école secondaire et l’université, j’ai donc passé une année sabbatique afin de suivre un traitement pour mes troubles alimentaires. Pendant cette période, j’étais à Toronto, où je passais mes journées à l’hôpital et mes soirées à la maison. J’avoue que j’étais assez déprimée et anxieuse dans ce temps-là. »

Elle s’est donc retrouvée à avoir beaucoup de temps libre dans ses soirées. C’est ainsi qu’elle a commencé à faire du bénévolat auprès des personnes en situation d’itinérance, dans un refuge à Toronto. 

« Dès le début, j’ai adoré ça. C’est une relation d’entraide et je gagne beaucoup de mon contact avec les usagers. »

Pour Ffion, son combat contre l’anorexie a contribué à développer son empathie envers les personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale et de toxicomanie.

Son arrivée à Montréal

Quand elle a déménagé à Montréal pour étudier à l’université, elle cherchait un endroit où faire du bénévolat. Elle a découvert l’Accueil Bonneau où elle fut bien accueillie. Elle rejoint alors l’équipe du dimanche.

Chaque dimanche matin, elle travaillait avec les employés et les autres bénévoles pour préparer la bouffe. Dès que les portes ouvraient, elle servait les repas aux tables en prenant le temps de jaser avec les gars. Pendant un été, elle a participé à l’équipe du lundi et, pendant la pandémie, elle a également travaillé au Grand Quai.

Des histoires très touchantes

À l’Accueil Bonneau, elle a connu plein de gens qui l’ont profondément marquée. Elle pense à un gars en particulier. Avant la pandémie, chaque fois qu’ils se voyaient, ils se donnaient un câlin. Il a une place très importante dans le cœur de Ffion. Le père de Ffion est décédé lorsqu’elle avait 14 ans; cet homme souriant lui rappelait un peu son père. Chaque dimanche matin, elle était heureuse de le rencontrer.

Il y a aussi cet homme qui suivait les ateliers d’art. Une de ses œuvres était affichée dans la salle à manger. Ffion avait un rapport assez spécial avec lui et ils étaient toujours contents de se voir. Un dimanche matin, il lui a dit : « Tiens, mon œuvre est sur le mur. Viens regarder, j’ai fait ça ». Il était très fier de lui et sa création était magnifique. Ffion se disait : « Moi, je ne pourrais jamais faire ça! ». Elle savait qu’à cette époque, il vivait une période très difficile. De voir ses belles capacités artistiques, c’était génial. L’épanouissement dans l’art.

Ce qu’elle a appris de son bénévolat 

« D’abord, j’ai appris, dit-elle en riant, beaucoup de mots français. Au début, mon français était plutôt brouillon. Plus sérieusement, j’ai appris l’importance de la patience et de la compassion. J’ai découvert la joie des rapports humains, la joie de connaître une personne, simplement, de lui donner un peu de gentillesse et d’en recevoir autant. »

Elle a également pu réfléchir sur les défis auxquels font face les personnes en situation d’itinérance. Les enfances traumatisantes que plusieurs gars ont vécues, la difficulté de se défaire des dépendances, en particulier lorsqu’on habite dans la rue. Ces situations peuvent s’ajouter l’une à l’autre et s’imbriquer pour que ça devienne excessivement compliqué de s’en sortir. D’où l’importance, selon elle, du soutien institutionnel et gouvernemental, des services sociaux et d’une approche multidisciplinaire. L’itinérance est un problème avec de multiples manifestations. Chaque situation est unique. 

Son expérience à l’Accueil Bonneau

« Comme bénévole, j’ai vraiment trouvé une connexion humaine d’une intensité que j’avais rarement vécue auparavant. Une connexion avec les gars. Moi, j’étais étudiante universitaire; il y avait des matins où j’étais fatiguée et stressée, mais les usagers m’ont toujours rendue heureuse. Ils m’ont vraiment traitée avec beaucoup de bienveillance. » 

Elle repense aussi à l’équipe du dimanche qui est comme une famille. En temps normal, ils sortaient prendre un verre ou allaient manger ensemble. Au début de la pandémie, ils se faisaient des réunions Zoom. Dernièrement, lorsqu’elle s’est trouvé un emploi d’été à Québec, des bénévoles lui ont dit que si elle avait besoin d’aide pour son déménagement, elle pouvait toujours compter sur eux. 

« En tant qu’étudiante dans une université anglophone, je trouve que mon bénévolat a beaucoup aidé à mon immersion dans la ville francophone. C’était fantastique pour moi de me faire des amis venant de toutes sortes de milieux de vie et de tous les coins de la ville. Ça m’a sortie de ma vie d’étudiante. J’ai trouvé que j’avais vécu une expérience immensément plus riche à Montréal grâce à mon bénévolat. » 

Maintenant, quand elle se promène dans le centre-ville de Montréal, elle voit de temps en temps des gars et ils se reconnaissent. C’est vraiment plaisant pour elle de pouvoir se saluer par leurs noms. Ça lui procure un sentiment unique de communauté.

La Bourse Rhodes et la suite

À l’automne, elle partira donc étudier à l’université d’Oxford grâce à la bourse Rhodes, qu’elle s’est méritée tant pour son excellence académique que pour son humanité et son engagement pour la justice sociale.

« J’ai l’intention de poursuivre une maîtrise en histoire de la médecine à Oxford, où je me concentrerai sur l’histoire de la santé mentale. Par la suite, j’espère retourner au Canada pour étudier en droit, afin de travailler comme avocate auprès des personnes en situation d’itinérance, souffrant de maladie mentale ou de dépendances. Je pense que j’aimerais vivre au Québec à long terme, car j’ai vraiment l’impression d’être chez moi, dans ma province d’adoption. »

Dans ses bagages, Ffion apportera avec elle tous ces moments magiques passés à l’Accueil Bonneau, ainsi que tous ces visages souriants et sincères des gens qu’elle y a côtoyés.